Le Liban, bastion de l'enseignement francophone

Historique de cet enracinement original

L'instruction est une priorité pour les Libanais... et depuis longtemps !!
Ce sont leurs ancêtres, les Phéniciens, qui passent pour les géniaux inventeurs de l'alphabet.
Au Liban, le voyageur français se sent un peu comme chez lui, tant demeure réelle l'imprégnation culturelle de notre langue. 50% de la population libanaise est francophone. Il existe une dizaine de périodiques francophones, dont le quotidien L 'Orient-Le Jour. Le français a longtemps été dominant chez les chrétiens, notamment les catholiques, qui en faisait le signe de leur attachement à la France. Mais aujourd'hui les musulmans sont de plus en plus demandeurs. Les Libanais demeurent, par atavisme, rebelles à toute soumission à une culture dominante, face à laquelle le français incarne la liberté.  

1. Le rôle des missions

Cette imprégnation est l'héritage d 'une longue histoire, qui date de l'arrivée des premiers missionnaires capucins et jésuites... ceux-là même qui ont créé le réseau des écoles chrétiennes.(montrer panneau)
Si les croisades ont été favorables aux contacts entre  chrétiens orientaux et latins, c'est cependant la langue italienne qui s 'implante d 'abord dans les ports libanais, l'influence commerciale des républiques de Venise et de Gènes étant déterminante entre les XIIIème et XVIIème siècles. Les capitulations signées entre François Ier puis ses successeurs et la Sublime Porte font du Roy de France le protecteur officiel des chrétiens d'orient( du moins catholiques) et permettent aux missions religieuses de se développer. Les congrégations (Jésuites, Capucins, Lazaristes, la Sainte Famille, les frères des Ecoles chrétiennes, les Maristes, les Filles de la Charité) fondent des écoles qui permettront l'implantation du français au Liban, pendant la période ottomane.

2. La période du mandat

La présence française va permettre, avec la création du Grand Liban (englobant des populations musulmanes), d'étendre l 'enseignement du français tant dans le privé que le public. Le français et l'arabe sont reconnus comme langues officielles (1926).
Si à l'indépendance l'arabe est seul reconnu comme langue officielle, le français garde une place privilégiée tant dans la réalité que dans les textes puisque, par exemple, les étudiants peuvent étudier les sciences et les mathématiques en français ou en arabe, au choix.
Le français s'est donc implanté hors du cadre colonial, il n'est jamais apparu comme colonisateur, mais comme libérateur de la pensée. C'est ce qui en fait sa force encore aujourd'hui. 


Un système complet

Jusqu'en 1975, l'écrasante majorité du système éducatif était francophone, malgré la concurrence de l 'anglais (université américaine fondée en 1866, l 'université Saint-Joseph en 1875). Depuis la guerre, seul le système privé chrétien reste la structure de base de la francophonie.

1. La francophonie et l'enseignement secondaire

70% des élèves libanais choisissent officiellement la langue française comme seconde langue d 'enseignement avec l 'arabe. Cela touche toutes les communautés.
Mais le niveau s 'est abaissé sérieusement dans le public, du fait de la moins bonne formation des enseignants et de la crise de moyens.
L 'enseignement reste excellent dans l 'enseignement privé religieux (l 'absence de méthode globale ou semi-globale, la discipline et l 'amour du travail bien fait imposés par les soeurs y contribuent). Mais cet enseignement est menacé lui aussi par la très grave crise économique. Les familles payent de moins en moins les scolarités (malgré le sacrifice des familles aussi modestes soient-elles, et une grande solidarité financière à l 'intérieur des communautés chrétiennes). Or, les congrégations n 'ont pas les moyens financiers suffisants pour y remédier et sont donc obligés de limiter leur nombre d 'élèves. De plus,
Ces écoles ont la particularité d 'être toujours dirigées par les communautés religieuses françaises qui les ont fondées (Antonins mis à part) et enseignent donc en français.... Et pas seulement LE français à l 'enseignement s 'ajoute de nombreuses activités culturelles, religieuses, scoutes. !
Le Liban a compris que la francophonie, dès les petites classes, était facteur de richesse pour toutes ses communautés. Mais il ne se donne pas les moyens de le promouvoir largement. Par exemple, il n 'existe plus de chaîne de télévision libanaise en français (pour des raisons politiques, car c 'était des chaînes chrétiennes opposées au gouvernement).  
 

2. L'enseignement universitaire et la francophonie

L'Université Saint-Joseph (jésuite), fondée en 1875, regroupe tous les secteurs d 'enseignement de la médecine aux relations internationales. Pôle d 'excellence qui n 'a jamais cessé de fonctionner, même pendant la guerre,il est cependant en concurrence avec beaucoup d 'organismes anglo-saxons créés depuis 1975, par toutes les communautés. En effet, l 'anglais domine dans le commerce, la communication, l 'informatique. Mais elle lutte en s 'adaptant rapidement, notamment aux réformes de l 'Europe dans le domaine des licences-mastères-doctorats et les conventions d 'échanges avec les écoles et les universités françaises.
L'Université publique (dite libanaise) est en partie francophone et de bon niveau. Elle butte sur un manque de moyens.
Le souci, pour les étudiants, reste économique, càd, comment payer ses études puis comment trouver un travail dans un pays sinistré économiquement. De plus, la France ayant restreint sa politique d 'immigration, même pour les étudiants, les Libanais  vont vers les pays anglo-saxons. D 'où la nécessité de les aider sur place.

Le français, vecteur du lien franco-libanais

1. Le français vecteur du lien franco-libanais

Le français est connu par un peu moins de 50% de la population, (l'anglais par 30%). Le Libanais est souvent trilingue, arabe-français-anglais. La tranche d'âge 5-34 ans est celle qui est le plus francophone, signe d 'un renouveau du français.
Le français est une langue de culture. Elle permet, notamment aux chrétiens, de ne pas se sentir assimilés complètement par un monde musulman voisin arabophone et/ou anglophone. Parler français, le lire, c'est s 'échapper d 'un enfermement géographique, mais aussi religieux, politique... Le français est vecteur d 'idées universelles, de modernité. Il permet d 'échapper aux problèmes posés par le conflit israélo-palestinien qui oppose deux religions, deux civilisations, l 'islam arabe au judaïsme soutenu par les Etats Unis. Il permet de contester à la fois la montée du fondamentalisme islamique et le modèle unique global.

2. Le renforcement de la présence de la France

L'Etat libanais privilégie le français, quand il le veut ! La France fait des efforts pour soutenir les écoles francophones. Mais la politique française s 'est diversifiée vers les communautés musulmanes, et notamment les chiites, force montante politiquement et numériquement au Liban. La francophonie se renforce ainsi localement dans le sud et le nord du pays, mais reste sous la pression de l'anglais, langue de l'économie en Orient..
Mais la crise économique touche durement les chrétiens et notamment les réfugiés qui n 'ont toujours pas récupérés leurs habitations. Ils ne peuvent donc pas accéder aux meilleures écoles (francophones), sauf à trouver un financement.
La seule possibilité pour les écoles chrétiennes de survivre face à cette diminution de ses moyens est de compter sur ses propres forces avec le soutien de donations privées.
    Conclusion  
Le Liban, un pont entre l'Orient et l'Occident mais aussi l'avant-poste du christianisme en terre où l'islam domine : même si le chrétien y sait que sa Terre est sainte, même si sa ferveur est grande, son quotidien n'en demeure pas moins difficile !

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