Mer et montagne - Richesse et pauvreté - Etat faible et libanais entreprenants :il paraît difficile de comprendre l'Orient ! il faut « aller vers l'Orient compliqué avec des idées simples » disait le Général de Gaulle « lorque que tu viens chez nous, laisse en France ta logique, ton sens de l'organisation » - A.Wakim, n°1 des Assurances « Chez nous, on n'a pas lu Descartes » dit le Père Tanios Risk, Capucin, Directeur d'école pour expliquer l'absence de cartésianisme
Cependant l'occidentalisation libanaise est surprenante. Le sens de l'hospitalité, la joie de vivre, la politesse font qu'au Liban la société demeure saine : chacun donne de son temps à l'autre, avec 1 simplicité qui nous manque parfois en Occident. L 'art roman se mêle à l'art ottoman, dans une culture artistique, qui manifeste une créativité étonnante. Les Libanais n 'ont rien des Bédouins sous leur tente que certains imaginent : ils sont à la pointe du progrès, la mode de Beyrouth est très exactement celle de Paris, avec ses mêmes boutiques de luxe. Là encore, le Liban est l 'exception de la zone.
Le Liban (territoire-population-gouvernement) existe dans ses limites actuelles, par l 'incorporation au Mont Liban des plaines côtières nord et sud peuplées de musulmans chiites et sunnites. La constitution non écrite de 1943 (dit pacte national) équilibrait les responsabilités au sein de l 'Etat entre les principales communautés, les chrétiens, en particulier maronites étant légèrement dominants (poste de président de la République). Cet équilibre, s 'appuyant sur une domination démographique des chrétiens, en 1943, a perduré jusqu'à la fin de la guerre civile.
La guerre, l 'émigration massive des chrétiens et les accords de Taëf, en 1989, sont venus modifier cet équilibre, en donnant plus de pouvoirs aux communautés sunnites et chiites. Les chrétiens sont donc les vaincus de la guerre et plus encore de l 'après guerre. L 'Etat libanais est soumis politiquement à la tutelle syrienne. Plus encore, il est écartelé entre deux visions du monde, celle des musulmans et celle des chrétiens, chacun au mieux ignorant celle de l 'autre. Les communautés musulmanes sont tournées vers Jérusalem et la réparation de l 'injustice faite au peuple palestinien. Elles s 'inscrivent dans le lutte civilisationnelle entre Israël et ses voisins arabes. Elles appuient et s 'appuient donc sur la présence palestinienne au Liban (avec des nuances cependant). Les communautés chrétiennes sont concentrées sur le souci obsessionnel de secouer la tutelle syrienne, cet empiétement subtil tous les jours plus pesant sur la souveraineté nationale. Chaque crise régionale est donc amplifiée dans le tambour libanais par ses fractures internes. Le résultat concret pour tous, et pour les chrétiens en particulier, c 'est le sentiment que la résolution des conflits internes au Liban dépend d 'abord de la Syrie, de la résolution du conflit israélo-palestinien et, plus globalement de la politique régionale des Etats-Unis. Or, qui se préoccupe du Liban, de son indépendance, de la pérénité des minorités chrétiennes, troisième acteur dérangeant de l'opposition musulmans-juifs ?
L 'occupation syrienne, qui non seulement s 'exprime par une tutelle politique, mais aussi par la présence d 'une armée qui est entretenue par le Liban, et d 'un million de travailleurs syriens, empêche le décollement économique du pays. Cela accélère une émigration, plaie béante du pays (15 000 candidats à l 'émigration par mois, 1 million depuis 15 ans pour 800 000 pendant la guerre, avec une majorité de chrétiens). Cette émigration, souvent sans retour, vide les communautés chrétiennes qui ont des démographies faibles.
Devant les deux urgences, justice et liberté, l 'Etat libanais n 'a pas les moyens de choisir. -L'Eglise du Liban n'est pas hostile au pouvoir politique mais opposée à ses orientations qui la menace d'extinction par émigration. Elle prône une paix à la frontière sud, avec Israel, pour relancer le développement économique du pays, seul capable d 'enrayer l 'émigration mortelle des chrétiens. L 'Etat libanais, par solidarité arabe plus ou moins forcée, privilégie d 'abord un règlement de l 'ensemble de la crise régionale (c 'est à dire le retour des réfugiés palestiniens et le Golan) avant tout, ce qui peut durer encore très longtemps. -L'Eglise du Liban a donné la priorité à l'indépendance nationale. Ce faisant, l'Eglise a conscience d'être plus qu'un ensemble de communautés, un message national de liberté politique et religieuse adressé à tous, dont les composantes musulmanes de la société politique libanaise. La popularité du Hezbollah s'explique par l'unanimité qu'il a crée autour de lui en libérant le sud-Liban de l'occupation israëlienne. Mgr SFEIR, dans ses voyages en Europe et Amérique s'efforce dans ses homélies de créer la même unanimité en faveur de l'indépendance. C'est d'ailleurs un des rares personnages publics dans lesquels les Libanais se reconnaissent. Ce sont des appels au courage pour les musulmans, contester l'occupation israélienne, à la modération lancé aux chrétiens, créer l'accord de tous les Libanais musulmans compris. -L'Eglise lutte contre le découragement et l'émigration des chrétiens, en les appelant à s'engager, à embrasser des causes politique, sociales syndicale, quotidienne, ingrate mais salutaire et dans des projets de construction de logements, créations de mutuelles, projets d'assistance scolaire. L'Eglise a conscience que c'est par de nouvelles élites, mieux formées, que passe le renouveau du Liban. -Mais l 'engagement politique de l 'Eglise s 'accompagne d 'un réveil de la foi chez les jeunes en particulier, face à la " culture de la mort " dénoncée par le Pape, culture caractérisée par la perte du sens de la dignité humaine, par l'anesthésie du sens moral et l'apparition d'un nihilisme. Cette prise de conscience rapproche les chrétiens des musulmans qui, eux-aussi, dénoncent cette civilisation nihiliste occidentale. " Il n'y a pas de paix sans justice, ni de justice sans pardon ". Cette formulation du Pape JP II rappelle le rôle que l'Eglise peut tenir en offrant la médiation de l'amour pour permettre aux trois religions monothéistes de vivre en harmonie dans cette région, et proposer un projet de réconciliation autour du statut de Jérusalem afin que chacun accède librement, aux lieux saints.
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